LES PASSEURS, mémoire et chant de convivialité de février à juin 2008

Interview de Guylaine Renaud sur Radio Grenouille Septembre 2008

  • Le 1er Février Chez Dalila à La Genouillade Arles


Dessins de Malika Moine

C'est la première rencontre des passeurs, j'ai un peu le trac et je crois que Dalila aussi.
J'ai rencontré Dalila chez elle, où elle m'a reçu suite à une conversation téléphonique. Elle a tout de suite été partante. Je me souviens de son sourire et de l'écoute qu'elle m'a dès les premiers instants accordée. Je lui ai parlé de mon projet de rencontres imaginé comme un repas de famille où chacun tour à tour prend la parole, déclame quelques vers, raconte une histoire, chante une chanson. J'avais aussi auparavant rencontrée Nassima dans son appartement de La genouillade où nous avions bu le café. Je me souviens de cet aprés midi d'automne douillet. Toutes les deux m'ont donné confiance, j'ai senti leur parole et leur engagement pour la chose collective, dirai je un peu simplement. Avec elles j'ai senti que ce projet pouvait exister. Ce 1er Février chez Dalila il y avait Nadjet, Régine, Malika, Odile, Marinette, Nassima, Kenza, Yasser et Eliès. J'ai préparé des pets de none, jamais je n'avais fait cela. Enfant je me souviens quand ma mère les faisait c'était pas seulement les pets de none que nous dégustions mais aussi l'histoire de l'arrière grand-mère avec. Leur préparation s'accompagnait toujours les souvenirs d'enfance de ma mère qui devinrent peu à peu les miens.

Les héros de mes histoires sont ma mère, ma tante, ma voisine, mon grand père... Histoires à offrir, histoires à partager. Petites portes ouvertes sur le monde.

Dalila a proposé que nous nous rencontrions chez elle à nouveau la prochaine fois. On est ravi !

  • le 7 février Chez Chantal Rue du petit St Jean à Belsunce Marseille

J'ai contacté plusieurs personnes à Belsunce, je leur ai parlé de mon projet (Kaïd, Fatima, Jeanine, Chantal, Hafida, Cherazade...) cela a pris un peu de temps et puis on s'est lancé. Belsunce la ruche, la fourmilière, ça va, ça vient, ça rentre, ça sort tout le jour. Le soir pourtant semble apporter un peu d'apaisement à ces rues toujours en mouvement et les habitants de Belsunce retrouvent leur quartier, le temps de la nuit. Mais demain est déjà là ! Belsunce c'est comme le pain, ça se partage. C'est peut être pour cela que pour cette première fois tout le monde a accepté de prendre le temps, de suspendre son temps en plein milieu de la semaine et de le partager...comme le pain. Nous nous sommes retrouvés chez Chantal dans son bel appartement aux grands plafonds et aux belles patines sur les murs, ces murs qui racontent ses voyages en Afrique où elle repart dès qu'elle peut, bientôt... peut être même qu'un jour elle restera là bas définitivement... Tout le monde avait l'air timide ce jour là, comme toutes les premières fois peut-être ? Mais en même temps tout le monde était présent, les yeux et les oreilles grands ouverts. J'ai évoqué les repas de famille d'après guerre (que je n'ai pas connu) mais que l'on m'a raconté. Ces repas où longtemps les amis y étaient majoritaires car la famille était peu nombreuse. Un jour cela s'inversa mes grands parents conjurèrent le sort de l'enfant unique et en eurent 3. J'ai raconté la langouste à l'américaine que mon grand père faisait pour les grandes occasions (recette héritée d'un grand chef de St Raphaël et jalousement gardée sous clé dans sa mémoire) et les chansons qui se succédaient sans interruption après le café. - Roger encore une ! Jusqu'à la nuit tombée. Ce jour là 7 Février je n'ai pas fait de langouste à l'américaine mais des crêpes. Vous en comprendrez certainement la raison ! Fatima a proposé que l'on se retrouve chez elle, la fois d'après. Elle fera des Takneta, une pâtisserie qui se prépare en l'honneur de la jeune accouchée...

  • le 4 mars Chez Dalila à la Genouillade

Cette fois-ci c'est Dalila qui a préparé des Bradj, des galettes de semoule à la pâte de dattes que l'on confectionne au Maghreb pour l'arrivée du printemps, le printemps du calendrier lunaire précise t-elle qui tourne autour de fin Février.

C'est elle aussi qui a raconté le petit fragment d'histoire de sa vie à La Ciotat dans les années 60 et au delà. Les rues pavées, la toute petite maison pour la grande famille et Meriem sa mère comme le grand poële dans la cuisine, bien centrée dans la maison, toujours présente, toujours en activité pour les siens. Ce jour là pendant que Dalila racontait cette histoire, je crois qu'on aurait tous aimés être quelques instants, les enfants de Meriem. Nous avons chanté quelques chansons de printemps : L'auzel blau, Que sonne la terra. et puis nous nous sommes retrouvés le jour de Noël chez Marinette, ce fameux Noël où toute la famille a joué, costumé (Marinette avait fait les costumes) la dernière scène de la pastorale Riboun réécrite en vers par ... Marinette. Paraît-il qu'il y avait plus de monde sur la scène que dans le public ! (la cuisine avait été transformée, les décors étaient aussi de ...Marinette) Sacrée Marinette !

  • Le 6 Mars chez Fatima et Kaïd Rue d'Aix à Belsunce Marseille

Elle s'est levée à 6h du matin Fatima, pour préparer notre venue. A peine entrés dans le salon, la desserte chargée d'assiettes, de bols, de tasses, de verres... nous accueille et donne le ton des festivités à venir ! Nous faisons quelques pas et c'est la table du salon qui nous sourit. Une table aux allures de peinture mauresque avec sa nappe couleur prune aux motifs arabesques sur laquelle sont présentés les assiettes de takneta, les baghrir avec leur miel que Fatima (la voisine) a confectionné pour les passeurs et les gâteaux multicolores envoyés par la mère de Farah, en son honneur! Farah la jeune accouchée.
Fatima nous servira plus tard la soupe aux plombs, ça va avec les takneta ! Il y avait comme qui dirait un petit air de fête chez Fatima ce jour là. Tout en dégustant ces merveilles nous avons évoqué les traditions maghrebines autour de la femme qui vient d'accoucher et de la fête qui s'en suit et peut durer un mois quelquefois : parents, amis viennent honorer la mère et l'enfant, et la mère à son tour honore amis et parents. Ca m'a donné l'occasion d'évoquer une tradition provençale que Mistral décrit dans ses mémoires et récits : le rituel des relevailles de la mère (l’accouchée), accompagné de l’offrande des présents symboliques : allumettes, sel, œuf et pain au nouveau né par les amies de la jeune maman.
Et puis Sherazade a raconté les moments de bonheur quand ses cousines arrivaient à Alger et posaient leur bagages des mois durant. Ca fait tiquer les femmes algériennes qui vivent aujourd'hui en France... C'est trop, c'est trop ! disent elles. Mais nous les françaises ça nous fait rêver ! On les vit ces heureux moments décrits par Shérazade. Les moments où la promiscuité devient délicieuse. Ah ! les grandes maisonnées ... Se retrouver entre cousines et chacher, se faire des soins de beauté, inventer de nouvelles recettes, regarder les séries égyptiennes, discuter et rigoler jusqu'à l'aube, couchées toutes ensembles sur de douces peaux de moutons bien à l'abri sous d'épaisses couvertures...


  • Le 31 Mars à l'Appartement à Griffeuille -Arles




L'appartement ça sonne comme “maison“, comme “retrouvaille“, comme “famille“ ... Nous avons dressé une grande table et sommes partis directement en Algérie pour l'histoire de printemps de Nassima : un petit panier, des bradjs, une orange, et hop dans le près d'à côté pour jouer sur l'herbe. Et puis Madeleine nous a emmenés à St Brieux - Côtes d'Amor, son pays natal. La grande tradition familiale des jardins potagers : le goût des carottes tirées/mangées (même pas rincées), les fraises des 4 saisons de son grand- père et le lilas qu'elle échangeait à la fête foraine contre quelques tours de manège. Quelques ? On dit qu'elle s'y endormait sur le manège ! C'est dire s'il y avait du lilas dans le jardin de Madeleine ! Bien sûr que nous ne pouvions pas nous quitter sans déguster les galettes de Madeleine et de Régine ! Ar grampouezherez !

Dorénavant l'Appartement sera notre lieu de rencontre. Un petit chez nous en devenir...



  • le 21 Avril chez Farah, Mohamed et Fatima Rue d'Aix - Belsunce - Marseille



Wahran, Wahran ...
Voilà comment notre rencontre a commencé cet après-midi chez Farah...
Wahran, Wahran...
Nous avons chanté Waharan El bahia, Oran la radieuse, Oran la belle, Oran la si lointaine pour ceux qui l'ont quitté ... alors les larmes ont coulé et ils ont raconté Oran.
Presque toute la famille B. était là oui presque... Un tour de ville en 12 quartiers ...Casbah, St Louis, Vieux port, St Charles, (non ne vous y trompez pas, vous êtes bien à Oran) ...Sidi el-Houari, Es Siddikia, Bouamama... et Fatima a raconté la grande maison familiale vendue à la mort de leurs parents et sa grand-mère partie dans un souffle, elle était enfant...
mais bientôt le retour pour les grandes vacances, la bouffée d'air, la source...et le mariage du frère de Farah ... la belle fête que voilà, vite, vite le mois de Juin !

  • le 22 Avril à l'Appartement à Griffeuille-Arles



Madeleine, Dalila, Janine, Denise, Karima, Nassima........femmes d'ici, de là-bas, femmes d'aujourd'hui...
Par votre bienveillance et votre humanité, vous nous faites partager votre intime , vous vous dévoilez à travers une chanson, un souvenir , une gourmandise ...
Pour reprendre des mots déjà entendus " Femmes, je vous aime, femmes je vous aime ..."
Continuons sur le chemin de la sympathie et du partage...

Merci à toutes , à bientôt !

( Quand je serai aux bains d'Aphrodite à Chypre, j'aurai une pensée particulière pour vous ! ) Odile B.

  • le 13 Mai chez les “Femmes d'ici et d'ailleurs“ Marseille



Pour une première rencontre avec les Passeurs, je me suis éclatée.
L'ambiance était tellement agréable que c'est avec regret que je suis partie .
Ce qui m'a surtout beaucoup touché c'est la simplicité et la convivialité de la rencontre:
une période de détente riche en sons, en mots , en goûts et surtout en cultures dans un endroit magnifique.
Le fait de raconter cette histoire m'a fait revivre de nombreux souvenirs.
Et la plus belle surprise a été la présence de Ndèye SALL avec qui j'ai chanté et expliqué le conte.
Personnellement, j'ai beaucoup appris et j'espère que je pourrais participer à toutes les séances des Passeurs. Cette rencontre a été pour moi comme une bouffée d'air pur (et pour toutes les autres femmes aussi, je suppose).
Merci Guylaine de m'avoir fait vivre un tel moment.
Que Dieu fasse que tu réussisses dans ton projet, je te le souhaite de tout coeur parce là, tu travailles certes pout toi, mais aussi pour nous, population de BELSUNCE .
Vive GUYLAINE et vive LES PASSEURS.
Reçois bien mes impressions à chaud et réponds vite. BISOU.Binette F.


  • Le 15 mai à L'Appartement à Griffeuille


Elle nous a raconté le métissage de la Bulgarie, son pays, et de ses habitants, à l'image des feuilles de vignes farcies et de la douce charlotte subtilement citronnée, que nous avons dégustée en regardant les photos. Celles des montagnes, celles des bords de la mer Noire,celles des beaux monastères orthodoxes et puis de ces maisons en colombage. Avec son oeil d'archéologue, elle nous a parlé des Thraces et de tous ceux qui ont habité ou envahi la Bulgarie au fil des siècles. Elle nous a aussi montré ce squelette humain orné de parures par on ne sait quel peuple, qui date de 6000 ans avant notre ère... Et puis, il y a cette histoire de chant bulgare, considéré par les Bulgares comme un chant traditionnel national et qu'elle a découvert être un chant des conquérants Turcs, lors d'études à l'université d'Aix ... et elle ajoute -non sans malice- que si elle raconte ça en Bulgarie, ses compatriotes lui trancheront le cou ( avec le geste) ... Et puis, elle raconte les difficultés des jours d'hui, la mafia dans les rouages du pays, la pauvreté diffuse... Elle regrette les temps passés d'un socialisme moins rigide que ceux des autres pays du bloc de l'est, temps où chacun allait à l'école et pouvait être soigné...

Et puis, le second temps autre voyage...: Valérie nous parle de l'appartement où nous nous réunissons de puis plusieurs rencontres... Il est peuplé d'objets trouvés, biffés, apportés par les habitants du quartier : une moule ouverte en porcelaine, chef d'oeuvre du kitch, confiée à Valérie par une habitante désenchantée sur le départ; un rocking chaire dont rêvait une voisine bien décidée à le retaper; un manequin Napoléon lll... Inventaire à la Prévert Bricolage et petites histoire sont les maîtres mots de la visite...

Malika M.


  • Le 9 juin à La Compagnie à Belsunce


Quand les passeurs et la caravane des femmes se rencontrent cela fait une grande fête ouverte sur le quartier.

Pas à pas, mille pas sur les pierres en chemin... les passeurs d'Arles et de Marseille ont accueilli la caravane des femmes et la caravane comme il se doit a déplié ses tapis nous offrant à son tour Bouam de Lomé et les Roses des sables de Toggourt, invitées par le théâtre du Pied nu (Mohamed Adi). Ventres et coeurs ont vibré de plaisir.

L'orage tombant sur Marseille cet après-midi là, n'a fait qu'ajouter à la puissance de leur jeu sa touche sonore, rien n'a perturbé les Roses des sables, la musique fût plus forte que l'orage !

Je connais Mohamed Adi ce grand conteur depuis de nombreuses années et je connais aussi la persévérance qui habite son engagement dans l'action sociale et culturelle et je suis heureuse que nos engagements mutuels se soient conjugués pour cette occasion. ...une Gaâda offferte en bouquet final des rencontres des passeurs et augurant déjà de nouveaux projets d'avenir ... avec les passeurs.
Guylaine Renaud