Arles le 21 novembre 2008

Chère Jeanne Calment,

En allant à votre recherche sur les pages internet, je suis tombée sur : je suis mort.com, un site où j'y est trouvé la biographie succincte de votre longue vie et sur la page qui vous est réservée en vis à vis de votre image, celle de Guillaume Depardieu et sa dernière session de photos pour Vogue. Je n'ai pu m'empêcher d'y voir une ironie de l'histoire sur les drôles de chemins que prennent la vie...

En bas de page était écrit en gros: ECRIVEZ UNE LETTRE POSTHUME A JEANNE CALMENT.
Alors voici cette lettre que je vous adresse...en guise d'introduction à un spectacle qui rend grâce à votre vélo, en ce qui vous concerne l'objet transitionnel par excellence et point de départ d'une aventure hors les murs du Musée Arlaten.
Chère Jeanne Calment, lorsque je suis arrivée à Arles à l'invitation du Museon, je suis passée en voiture devant la maison où vous êtes née et où se trouve un Casino, (vous voyez, toujours un magasin).Je suis passée juste à l'entrée de votre quartier de la Roquette, ce quartier que j'ai découvert grâce au festival les Suds et à Jean Marie Carlotti lors d'une rencontre dans la cour de sa maison avec Manu THéron et la chanteuse bolivienne LUzmilla Carpio pour enregistrer une émission de radio, comme aujourd'hui .
Chère Jeanne, vous qui aviez compris qu'on ne possède jamais qu'un peu de temps, qui aurait pensé que je viendrais un jour, vous présenter un projet en public qui ressusciterait un vélo.
Oui, votre vélo devenu l'objet, le clou d'un spectacle, vous l'héroïne populaire qui sût incarner le désir d'immortalité qui sommeille en certains de nous.
Il faut donc que je vous explique et que je vous présente qui, de rythme en cadence, s'est piquée d'enfourcher votre fidèle destrier. Je vais donc vous présenter Guylaine Renaud, une femme qui transporte dans sa tête un merveilleux petit vélo...enfin, un vrai pistolet on dirait à Marseille et qui a visé dans le mille votre longévité.
Guylaine Renaud, une troubadour, une collecteuse, une ethnographe qui elle aussi a eu... cent... domiciles fixes et en même fait un disque. Cette trouvère n'a pas son pareil pour une aubade à l'image de ces colporteurs, comme ceux que vous entendîtes et qui je l'espère vous en racontèrent de belles!!!
Votre vélo, Jeanne, si vous saviez...Et dans un instant vous allez l'entendre.
Quelle mécanique cette Guylaine!!! Musicienne, poète, journaliste, elle n'a pas son pareil pour mettre en lumière les événements de votre vie...une mécanique pratique comme votre bicyclette. Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour aurait dit Perec! Deux roues, pour faire le tour de votre vie avec deux acolytes que je ne résiste pas non plus de vous présenter.
Antoine Chao, un homme d'écoute, un brun parfois silencieux, réalisateur radio, oui, de radios éphémères et qui s'est bien renseigné sur ce vélo, ici en pays d'Arles, il s'est même rendu aux arènes du cycle.
Grâce à ce Monsieur Chao, votre voix va résonner encore et encore dans ce spectacle, on pourra vous entendre parler à 112 ans, pour votre 120 eme anniversaire ans dans un fauteuil rose et vert, avec Monsieur Vauzelle venu vous claquer la bise!!!
Antoine Chao est un détrousseur de sons, il va les chercher, les cueillir plutôt que les chasser.
Aujourd'hui, si vous vous installiez bien confortablement devant votre poste de radio, vous pourriez entendre ses reportages dans cette émission: Là-bas si j'y suis et l'été venir même faire la causette avec, le temps des Suds place Paul Doumer.
Chère Jeanne Calment, de ce spectacle que nous allons dans un moment enfourcher et afin de nous mettre bien en selle, je voudrais encore vous parler du troisième larron qui possède un nom qui résonne comme une histoire: Frédéric Nevcherhilian.
Son arme, son art à lui, c'est les mots, ce sont les mots qu'il pédale comme personne dans toutes les combinaisons.
Un acteur vocal, un preneur de parole qui taquine la virtuosité comme cette très chère Guylaine Renaud. Frédérique compose pour le théâtre, le documentaire, le cinéma, anime des ateliers d'écritures poétiques pour des collèges, des lycées des centres sociaux. Ce Vibrion est un fou de Beckett, avec cette nudité du langage où l'on questionne l'attente, le quotidien et plus rarement l'espoir ou le souvenir...Avec Frédéric qui ne sera pas votre idolâtre, c'est sur nous allons graviter dans le respect des différences.
Chère Jeanne Calment, après toutes ces présentations, je voudrais encore vous dire que ce qui me plaît le plus en vous, concerne la transgression d'une femme qui aurait traverser bien plus que le siècle, de savoir qu'il aura fallut attendre vos 70 ans pour que vous puissiez voter en 1945. Cela nous épatera encore longtemps...
Vous dire encore que le Musée Arlaten qui accueille votre vélo, l'accueille aussi hors les murs, un objet aussi célèbre que la canne de Jeanne qui connaît bien le chemin, écrite par Georges Brassens l'année de vos 78 printemps. Ma chère Jeanne, permettez pour conclure cette lettre qui inaugure aussi à sa façon le Voyage des dix objets qui débute en cette fin d'année 2008 et qui se terminera autour de 2013 d'ouvrir la route à ce spectacle, ces merveilleuses paroles vagabondes...

Je vous embrasse....

Caroline Bourgine